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vendredi, mars 25, 2016

Catherine Cisinski erotic drowings / street art


Je pratique le street art, soit l'art dans les rues, non seulement pour le plaisir de l'échange gratuit et libre avec le passant, mais aussi, c'est vrai qu'en tant que psychanalyste, le terrain d'observation est franchement étonnant.

Plus les protagonistes sont incultes, et plus ils s'acharnent à travailler la lettre comme seul sujet. Intéressant non ?
Ils ont inventé un mot pour dire leur geste guerrier "toyer", verbe du premier groupe, qui signifie recouvrir le graff de l'autre.

Car l'essence même de leur existence, tient à l'absence d'Autre en eux. Le confort intellectuel qu'ils en retirent réside dans le sentiment d'être inventeur de tout... dans leur esprit (soit dans tout ce qui advient à leur conscience)
ils sont premiers pour chaque chose. Ce sont de grands "sachant tout", ne doutant de rien.
Du coup l'Autre est de trop s'il n'est du même clan... ou de la meute.
Chacun avance entre amour et haine, rêve d'être enfin considéré et rejet violent que tout ce qui n'est pas comme soi.
Mais le plus comique chez "ces bâtards" (je les cite) c'est qu'ils sont carriéristes in fine et se comportent irrésistiblement comme des jeunes cadres dynamiques aux dents longues, prêts à tous les compromis conciliants et gestes de tueurs entre eux, pour enfin arriver à exposer en galerie comme le plus vil des arrivistes qu'a priori ils méprisent... puisque ce dernier "serait dans le système".
Si je m'amuse à déployer une démarche artistique personnelle dans la rue, je me divertis non moins humainement à la découverte de postures incroyablement désuètes et pourtant d'une violence inouïe, jonglant entre espoir et désespoir, entre misérabilisme et l'expression d'un audacieux combat sous le nez des passants aux regards divers, sur lesquels il y a largement autant à dire.